Les Récollets en sons et ombres

LE MONDE | 27.09.08 | 14h39


    Trois appels de cor dans la nuit. Un musicien masqué sort de l'ombre : comme le joueur de flûte d'Hamelin, il entraîne le public massé dans les jardins de la Maison de l'architecture jusqu'à la chapelle des Récollets. Nous sommes au 148, rue du Faubourg-Saint-Martin (Paris 10e) à deux pas de la gare de l'Est. Annette Messager, plasticienne, et Gérard Pesson, compositeur de musique contemporaine, ont conçu d'étranges noces entre la musique et d'autres arts, sous le titre dualiste de Rubato ma glissando. Le spectacle se déroule jusqu'au 28 septembre (à 20 heures, 20 h 45, 21 h 30, 22 h 15) dans le cadre du Festival d'automne (www.festival-automne.com). Dans la pénombre de la chapelle, on n'entend plus le souffle de l'immense pantin blanc tout gonflé d'air qui danse la sarabande dans les jardins. La nuit y est plus étrange encore - c'est celle des respirations et des battements de coeur. Six musiciens masqués sont reliés au plafond par un dispositif de cordes et de poulies, comme embarqués dans une Nef des fous. Autour d'eux, des sacs plastiques colorés, des grappes de balles de ping-pong, des instruments de musique, tous objets suspendus dans une atmosphère semi-aquatique, à l'instar du Pinocchio - ici en version chair et en version bois - qui hante l'oeuvre d'Annette Messager. "Je voulais que des éléments apparaissent et se perdent, dit la plasticienne, évoquant des instants de fragilité, de précarité, créant des frémissements, des bruissements du temps (...), un espace de sons et d'ombres incertaines." Une guitare frottée par un archet, un violoncelle mis en vibration par un minuscule ventilateur lumineux, un cor pieuvre démultiplié en une multitude de pavillons, une clarinette basse qui claque, des percussions, la musique minimaliste et savante de Gérard Pesson ne pouvait que rencontrer les "jouets" d'Annette Messager. "J'osais me trouver des affinités avec sa recherche, sa poésie, affirme le compositeur, une certaine autodérision, un humour un peu froid, ce détournement discret de l'objet visant à opérer un écart, cet amour des objets recyclés, rejetés..."

Vingt minutes d'enchantement pour un concert à 20 000 lieues sous les mers font de nous des Capitaines Nemo heureux.

Marie-Aude Roux


Article paru dans l'édition du 28.09.08.

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Maison de l'Architecture

148, rue du Faubourg Saint-Martin

75010 Paris

25 au 28 SEPTEMBRE


25 au 28 septembre 20h, 20h45, 21h30, 22h15

Durée : 20’


Rubato ma glissando
Conçu et réalisé par
Annette Messager et Gérard Pesson
Création. Commande du Festival d’Automne à Paris

François Lazarevitch,
flûtes à bec/musette
Iván Solano, clarinettes
Nicolas Chedmail, cors
Caroline Delume, guitares
Sylvain Lemêtre, percussions
Elena Andreyev, violoncelles
Eric Caillou, collaboration technique avec la participation de Colin Caillou

    Rubato ma glissando, qui ouvre le cycle consacré à Gérard Pesson, réunit ce compositeur et la plasticienne Annette Messager. Une association qui paraît naturelle, tant leurs œuvres entretiennent un réseau d’analogies qui, à travers ce projet, semblent se stimuler mutuellement. L’un et l’autre sont des artistes de la fragilité et du dépouillement : les reliefs de la matière sonore, les tissus parfois striés mis en œuvre par le musicien trouvent un écho dans les matériaux pauvres transfigurés par la plasticienne. Une même attention portée à l’empreinte gestuelle du son (montrer ce qui s’entend, ou plutôt faire entendre ce qui se voit) les relie. Un même travail sur le détournement des figures, un jeu avec la mémoire collective autant qu’avec l’autobiographie, ainsi qu’une forme d’ironie grinçante.

    Pour la chapelle des Récollets, où l’on pénètrera par le jardin, Gérard Pesson et Annette Messager ont conçu une installation en forme de tableau vivant et musical d’une vingtaine de minutes.

    Rubato ma glissando prolonge l’oeuvre Casino d’Annette Messager, déjà inspirée par la figure de Pinocchio et qui lui avait valu en 2005 le Lion d’Or de la Biennale de Venise.

    Cadreurs de l’image et du son, à la fois narrateurs et sentinelles, les six multi-instrumentistes tirent les ficelles, orchestrent une dramaturgie de l’éphémère, donnant vie à une succession de visions d’où sourdent tendresse et terreur.


Production Festival d’Automne à Paris
En collaboration avec la Cité Européenne des Récollets, la Maison de l’architecture, le CROAIF et Le Centre International d’Accueil et d’Échanges des Récollets
Avec le soutien de Mécénat Musical Société Générale, de la Sacem,
de la Fondation Ernst von Siemens pour la musique et de Guy de Wouters
En compagnie de l’Adami


Mezzo, LGM et le Festival d’Automne produisent, avec le concours du CROAIF, la captation aux Récollets de Rubato ma glissando,
Production déléguée :
LGM
Réalisation :
Yan Proefrock
Diffusion sur Mezzo : dates annoncées ultérieurement

Rubato ma glissando @ Annette Messager

Rubato ma glissando @ Annette Messager

Iván Solano